Selon le MIT, 47% des emplois américains vont disparaître ou être profondément transformés par le numérique. Appliquant une méthodologie similaire à l’Europe, le think-tank Bruegel estime à 54% l’impact sur les emplois européens.

Avec le numérique, de nouveaux emplois apparaissent et la notion même de travail évolue.

Aujourd’hui, je peux être étudiant, apprenti, en stage, salarié, entrepreneur, indépendant, etc. Mieux : je peux occuper simultanément plusieurs de ces statuts.

En 2008, aux Etats-Unis naît le jobbing. Son principe ? Monétiser l’aide entre particuliers. Quoi de mieux, en pleine récession, pour permettre de recréer de l’activité en marge des circuits traditionnels et aider les chômeurs à traverser cette mauvaise passe. TaskRabbit est alors la première plateforme à mettre en relation des particuliers dans le besoin et d’autres capables de donner un coup de main. Un système d’enchères et de vérifications assure aux utilisateurs qui souhaitent faire tondre leur pelouse ou déboucher leur évier que la tâche sera effectuée au meilleur prix et par des personnes compétentes.

Depuis 2008, la plateforme TaskRabbit a levé 37 millions de dollars et fait régulièrement parler d’elle. C’est le cas en 2012 quand la sortie de l’iphone 5 pousse environ 3050 Apple-fans à embaucher des « taskers » via TaskRabbit pour aller faire la queue devant les Apple Store de San Francisco et New-York.

La percée du jobbing s’inscrit dans le phénomène plus large de la « gig economy ».

Ce nouveau modèle, sur lequel prolifèrent un grand nombre de start-ups, de Airbnb à Uber, offre à chaque individu la possibilité de diversifier ses sources de revenu en prêtant sa machine à laver, sa place de parking ou simplement sa force de travail.

Cette nouvelle manière de gagner sa vie provoque déjà de profondes mutations sur le marché du travail. Aux Etats-Unis, des plateformes comme Upwork (issu de la fusion de elance et o-Desk) ou fiverr rassemblent des travailleurs en freelance dans des domaines à haute valeur ajoutée. Dans un autre domaine, Shiftgig est une application permettant aux employés payés à l’heure de trouver rapidement des offres dans un rayon local.

Comme souvent, les idées outre-Atlantique finissent par traverser l’océan.

En France le business du jobbing est en pleine expansion.

Il se partage aujourd’hui entre multitude d’acteurs: Youpijob, Frizbiz et Jemepropose créés en 2012, Needelp créé en 2014 sont des start-ups qui proposent aux particuliers d’externaliser leurs prestations de service en direction d’autres particuliers ou de professionnels. Les sites se présentent comme des places de marché et prennent une commission au moment de la mise en relation. Aujourd’hui chacune de ces plateformes revendique entre 25 000 et 250 000 utilisateurs actifs pour un volume allant jusqu’à 60 000 annonces par mois.

Du pain béni pour les auto-entrepreneurs ou les artisans et professions libérales qui se positionnent sur les services exigeant de fortes compétences et jouent parfois les prolongations après le boulot. Ils y trouvent à la fois des affaires et un surcroit de visibilité par rapport aux annuaires traditionnels. Quant aux particuliers, ils peuvent faire jouer la concurrence et s’appuyer sur les systèmes de notation pour obtenir le service le plus performant au meilleur prix.

En bouleversant les codes établis, les acteurs du jobbing se trouvent cependant confrontés à plusieurs défis, de nature réglementaire. Pour l’essentiel, il s’agit de se mettre en règle avec la législation sur le travail: la déclaration d’activité est obligatoire quand bien même les revenus n’atteindraient pas le seuil d’imposition. Si la plupart des sites invitent à passer par les canaux traditionnels du CESU ou de l’URSAFF, d’autres ont opté pour des solutions originales. La récente décision de FrizBiz d’intégrer à son site la solution de payement Payname indique que tous les secteurs s’adaptent et collaborent pour mieux répondre aux nouveaux comportements.

Upwork a mis en place la solution DocuSign et a pu rationnaliser le processus de passation des marchés. La technologie puissante de Docusign, la gestion des droits, la simplicité de création de workflow de validation, de modification et de signature a permis aux services commerciaux, juridiques et RH d’Upwork de gérer plus rapidement les nouvelles affaires, d’avoir une meilleure visibilité des offres et candidats, de mieux encadrer et contrôler les contrats et de séduire plus rapidement les meilleures talents.

Un programme de recherche mené par le MIT et Capgemini Consulting a montré que les entreprises qui ont su saisir les opportunités de la transformation numérique ont une profitabilité supérieure de 26% par rapport à la moyenne.

Nous vivons une époque intéressante. Les technologies numériques transforment le monde du travail. Certes des tensions, des peurs, l’obsolescence de certains métiers polarisent l’attention des média. Mais les pays qui sauront anticiper cette révolution numérique, tant au niveau des investissements que de la mise en place d’un cadre législatif, profiteront d’une croissance plus rapide, d’emplois plus nombreux et de services de meilleure qualité.

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